Résumé  partiel  d'une  saison
      en  deux  anectodes...

        (2002)

 

Très chouette dans l’ensemble. Après un hivernage à Syracuse, notre fils Jean-Charles nous a rejoint début Juin. Il a fini le carénage avec nous et dès la mise à l’eau nous avons monté (lui en tête de mat) un nouvel anémomètre-girouette et le dessalinisateur. Les amis de Saint Nazaire dont nous avions fait la connaissance aux Eoliennes nous ont rejoint à bord de leur ketch « Fidji » en provenance de Malte.

 

Fidji, le très beau ketch des amis.

Les deux bateaux ont navigué de conserve pour traverser la mer Ionienne (et une grande partie de la saison), cap au 72. Deux jours et deux nuits plus tard, 273 miles plus loin, nous avons mouillé dans le très joli petit port de Fiscardo sur l’île de Céphalonie. Jean-Charles a pris une superbe coryphène d’un mètre dix. Nous ne pensions pas en trouver dans cette mer, c’est un poisson tropical…mais trop beau et trop bon ! Très fin. Il a de magnifiques couleurs dorées et bleues.

 

Pèche miraculeuse en Ionienne

C’est dans ces eaux que William nous a retrouvé. Avec lui nous avons gagné Corfou plus au nord, profitant des magnifiques mouillages au passage. Ils sont toujours très beaux dans ces régions, aussi beaucoup plus abrités et calmes qu’aux Lipari. Une très belle semaine donc, nous sommes redescendus vers Fiscardo avec une famille venue à bord en 2000. Jean-Charles a quitté le bord à ce moment, gros cœur pour tout le monde. Nous y avons embarqué nos huit participants suivant pour rejoindre la mer Saronique (côté Athènes) via le canal de Corinthe.

                                                   

C’est à Galaxidi, belle escale qui permet d’aller visiter le site antique de Delphes que nous acquitterons la taxe dite « de pollution » déclarée illégale par Strasbourg. La Grèce, pays européen, déguise ainsi son ancien Transit Log, taxe pour les navires étrangers… Les français sont donc étrangers dans l’Europe grecque ! C’est dans ce joli petit port aussi qu’est venue la grosse colère ! Un énorme yacht à moteur (50m environ) voulait absolument se mettre cul à quai, à notre place. Je ne pouvais pas me pousser, il n’y avait pas d’eau à bâbord…Le propriétaire (grec) a exigé de son commandant qu’il se sert au maximum sur nous ; celui-ci a très bien effectué la délicate et dangereuse (pour nous) manœuvre. C’est alors que le propriétaire est sorti des salons, et du pont qui nous dominait c’est mis à nous insulter ! En anglais. Le hic c’est que je comprends à peu près ce langage et nos trois équipières, médecins psychiatres, encore mieux; l’une d’elles donne d’ailleurs des conférences aux states…C’est dire si les « fuck you » ont volés d’un bord à l’autre, gestes à l’appui. Cela devient un incident « majeur » ! Le goujat a été tout de même estomaqué d’essuyer de belles bordées féminines (…et c’est ce qui nous console et nous fait encore rire).

La Licorne à quai à Galaxidi

Le comble de notre colère et surtout de notre surprise a été lorsqu’un policier maritime, sur le quai, qui a assisté à toute la scène depuis le début a pris la cause de son compatriote, celui-ci lui ordonnant à deux reprises de me mettre en prison ! Au lieu de nous défendre ou au moins calmer le jeu, il me demanda de débarquer…Nous n’avons pas insisté, je ne comptais pas sur notre ambassade pour me sortir des geôles grecques, j’ai préféré larguer les amarres et aller mouiller sur rade afin de ne pas gâcher une bonne soirée prévue au restaurant.

Elle a été bonne, mais depuis je me méfie de la police maritime grecque !

(C’est en fait la marine nationale)

 

La suite de la croisière a été plus paisible, avec un passage du canal de Corinthe assez impressionnant (25m de large, encaissé entre deux falaises de 75m ; nous surplombent de cette hauteur sur trois ponts successifs, une ligne de chemin de fer, l’autoroute et une route nationale), mais facile. Attente à l’entrée pour faire passer plusieurs bateaux en même temps. Bien sûr les pavillons de signalisation du sémaphore de sont pas hissés, mais les préposés sont en veille VHF. Le moment venu (lorsque Fidji et un autre français nous ont rejoint) ; ils coulent le pont routier barrant l’accès au canal, et nous donne par radio l’autorisation de nous engager.

Au bout des 3 kilomètres les feux de signalisation de fonctionnent pas non plus. Nous nous approchons suffisamment mais doucement sur l’erre, en battant arrière; le pont routier de l’autre extrémité commence à descendre, le préposé nous a vu, il coule pont, nous échangeons un salut amical à notre passage.

Passage du canal de Corinthe

Là aussi mais la bête est plus grosse

 

Nous accostons le long quai sur tribord, attention au courant ! Modéré heureusement, nous montons à la tour de contrôle et nous nous acquittons de la taxe de passage, un peu plus de 200 €. C’est à peu près le tarif camion sous un tunnel alpin ! Rien à voir bien entendu, sauf que c’est une taxe, encore une !

 

Les îles Saroniques sont très belles aussi, la rade de Poros est bien abritée avec des fonds de bonne tenue.

Ce vénérable citernier au départ de la rade de Poros, livre l'eau potable sur les îles d'Hydra et Spetses

 

Mais même les mouillages apparemment tranquilles réservent parfois des frayeurs : le danger peut être le courant, une roche isolée, des hauts fonds ou la mauvaise tenue de l'ancre; il vient aussi des autres, c’est souvent vrai sur la route, cela peut l’être aussi sur mer, surtout lorsque le bateau de location d’à coté est mené par un bourgeois inexpérimenté, comme une voiture sur un manège d’autobloquantes.

Même par grand beau temps, il faut toujours mouiller comme il faut. C’est ce que nous avions fait ce beau dimanche, lendemain de l’arrivée de Nicole, Anne, Hélène et Thomas. Légèrement à l’extérieur du petit port de Perdika, au SW de l’île d’Egina, nous nous plaçons perpendiculairement à la rive avec 50m de chaîne devant, et deux amarres arrières de 50m frappées sur des roches à terre. Parés pour affronter presque n’importe quel coup de vent, bien improbable en cette fin juillet. L’équipage, enchanté par le site, profite des eaux cristallines ; pèche les oursins ; muni de palmes, masque et tuba, je fais mon petit tour d’inspection habituel. La coque et les hélices d’abord, l’ancre de 30 kilos est bien crochée par 5m de fond, pas de roches à proximité. Les obstacles les plus proches sont des bateaux sur corps morts (donc à faible rayon d’évitage) et un petit môle en ciment bordé de gros cailloux, le tout à environ 100m sur notre droite vers le fond du port. A notre gauche,vers l’ouverture de l’anse était déjà mouillé exactement de la même façon, un Mikado, belle goélette de 17m, plus de 20 tonnes. J’avais prudemment laissé 50m entre les deux bateaux, lors de notre manœuvre de mouillage.

 

Un orage s’annonce, pas bien grave en principe et normalement pas long. Des bateaux de location nombreux en cette région viennent s’abriter en prévision de l’événement. Ce sont de belles unités de 11 à 14 m, Sun Odyssée ou Bavaria, voiliers quasi neufs, bien motorisés et très correctement équipés. Seulement les locataires-skippers sont totalement inexpérimentés (heureusement, pas toujours), mais là, oui. Trois fois oui. Ils viennent mouiller à trois entre nous et le Mikado…manque de place, donc chaîne trop courte, le vent monte « le fameux petit coup annonciateur », il fait encore grand soleil. Le vent tourne, normal…Et leurs ancres dérapent, normal aussi ; au lieu de se maintenir au moteur et d’avancer doucement sur leur mouillage, ils tirent dessus au guindeau électrique…grand classique ! Mais cela accélère le dérapage, ils se retrouvent à dériver rapidement sur nous, ils ne s’en rendent même pas compte, nous sommes obligés de G…pour prévenir. A quelques centimètres de notre liston ils mettent avant toute, ils ne se rendent pas compte non plus de l’inertie d’un bateau de 10 tonnes…ils arrivent dans le Mikado qui G…à son tour, rebelote en marche arrière vers nous, même manœuvre (s’il on peut dire) en avant, sus au Mikado et ainsi de suite. Le vent monte à 30 nœuds ; Nicole, Anne et Thomas manient nos grosses défenses le long de notre bordé avec dextérité ; plusieurs fois le Bavaria 43’ viendra épauler fortement dessus. Marie est avec eux, attention aux doigts, aux mains et aux pieds, ne jamais tenter de déborder dans cette situation, ce serait un membre broyé immédiatement ; elle est prête à virer au guindeau si nous pouvons nous dégager. J’ai mis les moteurs en route, démarrage au quart de tour, c’est important de changer les filtres ! Mais ça se corse, les bateaux, eux, réussissent enfin à se dégager, mais sans relever leur ancre ; ils draguent le fond, se prennent dans notre chaîne et nous font déraper gravement ; lorsqu’ils se libèrent, je n’ai pas encore compris comment, nous…

Nous partons poussés par le vent, bateau parallèle à la côte, avec une forte tendance à y aller, tenu par nos deux amarres. Les deux moteurs en arrière à 2500 tours n’y font pas grand chose, vu l’angle de tir ; le vent est monté à 50 nœuds, il commence à pleuvoir à l’horizontale, on ne rigole plus depuis un moment.

Bien que Thomas soit excellent nageur, pas question d’aller chercher les aussières à terre, Nicole les coupe sur ordre grâce au gros couteau de plongée, elles sifflent comme un fouet. Je mets en marche avant, Marie reprend au guindeau, il faut absolument virer de 180° par notre gauche avant d’être au fond du port ; des petits bateaux sont sur coffre, le petit quai et les roches nous attendent. Moteur tribord à fond en avant, le bâbord ½ en arrière, barre toute à gauche, vent arrière, le catamaran doit pivoter. On a parfois des pensées funestes qu’on aimerait chasser et surtout ne les avoirs jamais eues ; à ce moment je me dis…pourvu que les moteurs ne calent pas. C’est ce qui arrive à celui de tribord, incompréhensible sauf qu’après analyse j’ai sans doute tapé une chaîne de corps mort. Nous sommes à 10/15 m du môle, je nous vois fichus, la coque tribord éventrée sur les roches et le ciment, à ce moment je dis pour prévenir l’équipage « nous perdons le bateau, nous faisons cote ». Arc-bouté sur le bouton du démarreur, commande des gaz à fond, je n’entends pas les bruits mécaniques, le vent rafale, la pluie cingle, Les yeux sur la côte et le compte tours en même temps, je le vois monter à 3000 tours d’un coup. Nous sommes sauvés cette fois !

Merci Volvo et merci au mécano qui les entretient apparemment correctement (c’est moi !). La suite sera un gymkhana d’une heure entre les petits bateaux et un anglais sur coffre avec 50 nœuds de vent, pour se maintenir bout au vent sans rien toucher. La chaîne est tournée autour d’un plot de ciment, nous sommes prisonniers ; il faut attendre que le temps ce calme pour se dégager. Je ne vois pratiquement rien, la pluie est dense, Marie est devant et doit crier, elle indique, 2m,5m,10…Thomas a la même vigilance à l’arrière, Nicole et Anne sur les côtés ; c’est du genre père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche. Je parviens à nous maintenir en jouant constamment des deux moteurs, les balcons ont eu chaud, les plages arrière aussi, et nous donc ! Régulièrement le vent décroît, la pluie cesse, la mer se calme ; après plusieurs plongées de Nicole et Thomas, nous déterminons la manœuvre à effectuer ; c’est simple, il faut que l’anglais largue son coffre un moment, nous tournerons autour en sens inverse de l’enroulement, nous remontons notre ancre et à nous la liberté après cette tension intense, nous en avons bien besoin.

Et c’est là que l’anglais entre en jeu… Il refuse ! ! Oui, vous avez bien lu, il refuse ; je passe les noms d’oiseaux, d’ailleurs mon insulte préférée dans ce cas est tout à fait correcte : you are not a sailor, you are a farmer!  Les rosbifs, peuple fier et marin, aiment beaucoup ! Bref nous alternons insultes et diplomatie, presque la ruse, d’ailleurs celle-ci n’est-elle pas une forme de celle là. La diplomatie l’emporte, finalement il plonge lui même et dégage notre chaîne ; il savait très bien ce qu’il faisait, c’est lui qui l’avait enroulée, il demandait ensuite une rémunération pour plonger, d’où notre fureur.

Tout est bien qui fini bien, nous sommes aller mouiller sur l’île Moni, à 1 mille de là, admirer les daims, paons et cerfs, seuls habitants de l’îlot. Soirée superbe et nuit calme…belle pêche d’oursins le lendemain, c’est çà la méditerranée. La double a été servie immédiatement à l’équipage. Le cap’tain en frémi encore. Je les remercie en pensée tous les jours du formidable comportement qu’ils ont eu dans ces manœuvres si délicates. Bilan, une trouille bleue, une échelle de bain tordue – remplacée rapidement -, un léger coup sur une hélice ; elle ne vibre pas mais sera remplacée au prochain carénage.

 

En Grèce, il n'y a pas d'huîtres, alors on se rattrape avec les oursins.

 

Ça va comme roman ? Pas trop fatigués ? Eh bien ce n’est pas un roman, c’est la vérité vraie !...Suite, peut-être dans un prochain numéro.  

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